J'ai un smartphone, comme 95% des gens qui peuvent s'en offrir un sur cette planète. Il y a dans le monde plus de téléphones en circulation que de... brosses à dents. 

Personnellement, je suis très content du mien : un Alcatel One Touch. J'ai failli acheter au Vietnam un Huawei, et je me souviens que nous avons eu une discussion avec un ami qui a vécu longtemps en Chine, et qui m'a dit : "tu sais Huawei a très mauvaise réputation en Chine sur les conditions de travail de ses employés". Sur le moment, cette situation m'avait refroidi, parce que cet ami n'est franchement pas un gauchiste altermondialiste et si il me dit ça c'est qu'il y a du soucis à se faire, mais aussi mis en colère : j'aimerais pouvoir exiger en tant que consommateur de connaître les conditions de production des produits que j'achète, savoir si une chemise provient de l'esclavage au Bengladesh par exemple. 

Impossible de le savoir, tout cela est très bien caché par les gros groupes et couvert par les gouvernements. Un reportage sur France 2 que vous avez peut-être vu, fruit de un an d'enquête, révèle une partie des pratiques courantes dans la fabrication des éléments de smartphones. Même si je ne m'estimais pas totalement naïf en la matière, pour avoir visité quelques usines par ici et lu quelques rapports d'ONG sur les conditions de travail dans certains pays, c'est extrêmement choquant. 

Pour voir l'enquête de Martin Boudot dans l'émission animée par Elise Lucet : 

http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-4-novembre-2014_730935.html

Alors, pour mon téléphone : 

- commençons à la source : plusieurs matières premières nécéssaires à sa fabrication et qui ne se trouvent qu'à quelques endroits dans le monde comme le tentale sont souvent des "minerais de sang", c'est à dire qu'ils sont exploités dans des zones de conflit par travail forcé pour financer l'achat d'armement. Selon les calculs des reporters qui se sont rendus dans une mine en RDC, un village sans route d'accès, ni électricité ni infrastructure, il y a en moyenne 5 morts par mois dans cette mine. Les mineurs - souvent mineurs d'ailleurs (haha...) - sont payés environ 1,50 euros par jour. Le minerai est donc acheté à prix d'or (parfois contre des armes) par des intermédiaires asiatiques qui le transforment en Chine généralement. 

- Un autre élément indispensable pour les smarphones le Neodyme. Cet élément chimique hautement magnétique permet de fabriquer les petits aimants que l'on trouve dans le vibreur, les hauts parleurs, le micro etc. Une mine du Nord de la Chine assure 97% de la production mondiale. Quand les habitants autour de la mine on commencer à mourrir massivement de cancers, ils sont partis. Allez voir les images. 

- Ensuite vient la fabrication. Le journaliste interview une fillette de 13 ans qui travaille dans une usine d'écran 13 heures par jour (ou par nuit suivant les mois) avec 2 jours de repos par mois, un toutes les deux semaines. 

Ils travaillent bien tous ces gens hein ? En tout cas mon téléphone est très beau, bravo. 

Une question revient souvent : quel est l'intérêt de faire travailler des enfants ? De les préférer même aux adultes, que l'on pourrait penser plus précis et productifs ? Deux raisons d'égale importance : cela coûte encore moins cher, presque rien puisqu'on ne compte sur les enfants que pour un revenu d'appoint, et ces enfants sont beaucoup plus soumis, maléables et obéïssants, ils ont plus peur de se plaindre. 

Quasiment aucun des responsables de grande marque sollicités par les journalistes n'ont réagi ou accordé une interview, malgré l'insistance et la pugnacité de ces derniers. Les réactions s'en tiennent en général au discours tout fait par mail, le même pour tous "nous veillons avec le plus grand soin au respect des normes et du droit du travail chez nos fournisseurs, mais nous allons lancer une enquête pour vérifier vos allégations". Parfois, une marque annonce ne plus travailler avec telle ou telle usine prise dans un scandale, ou simplement réduire ses commandes, en "punition".  

La réaction toute fraiche de François Quentin, patron de Huawei France pour L'Usine Nouvelle après la diffusion du reportage : «  j’ai activé tous mes réseaux et Madame Lucet n’aura plus aucun grand patron en interview, sauf ceux qui veulent des sensations extrêmes ou des cours de Media Training !  »

Avez-vous déjà vu une pub pour smartphone ? Elles sont toutes basées sur le même principe : leur produit va rendre la vie meilleure, plus excitante, plus aventureuse et plus facile. Evidemment ça ne concerne que les clients, pas les employés des fournisseurs. Que pouvons-nous faire ? Il est temps d'arrêter de faire l'autruche je pense : c'est la spécialité de ces grandes marques, elles ne sont jamais au courant de ce qui se passe chez leur sous-traitants, ni d'où viennent les matières premières. Elles passent leur temps à tomber des nues, tellement occupées à soigner leur image. Il suffit qu'il y ait un intermédiaire entre elles et les enfants exploités dans les usines et les mines pour que ce ne soit plus leur problème. Ne réagissons pas comme elles : dans les années 90, les protestations et manifestations autour du travail des enfants pour des grandes marques telles que Nike avaient poussé ces grandes marques à réellement prendre les choses en main. Aujourd'hui ce secteur est exemplaire dans le respect des normes et du droit du travail. 

Renseignez vous même si c'est parfois compliqué, interpellez directement les marques en appelant les services clients, et surtout partagez ces informations avec vos proches. C'est par le consommateur que les choses changeront, certainement pas par lemonde économique ou politique. 

Désolé d'avoir utilisé ce blog pour le faire, vous qui veniez en apprendre plus sur le Vietnam, mais tous les moyens sont bons. N'hésitez pas à regarder les autres messages, là je parle vraiment du Vietnam !