Un fait divers relayé jusqu'en France par la presse a attir mon attention : lors de l'émission de télé réalité MasterChef version vietnamienne, une candidate a tué une tortue de manière particulièrement cruelle (en lui tapant dessus puis en essayant de faire sortir sa tête avec un couteau pour la décapiter, etc.).

Pas facile à tuer, une tortue ! Bref, on pourrait se dire qu'au Vietnam finalement ils sont plus habitués que nous à ce genre de choses, et que ces images auront moins choqué que chez nous. Eh bien pas du tout : l'affaire est nationale, la candidate - qui affirme ne plus en dormir la nuit - et le patron de la chaîne ont dû s'excuser publiquement. 

Nous avions cette discussion récemment avec des amis : nous étions tous surpris que beaucoup de jeunes vietnamiens ressemblaient finalement totalement aux jeunes citadins européens, dégoutés par les insectes, les choses visqueuses, les oeufs germés, le chien ou le chat, etc. Il arrive même souvent que je trouve des jeunes vietnamiens (souvent des jeunes filles) beaucoup plus empruntées et trouillardes que la moyenne de chez nous. Je me souviens de certaines visites de chantier avec des vietnamiennes en minijupe et talons hauts qui auraient fait sourire n'importe quelle parisienne ou midinette. Entre les parapluies et foulards pour ne pas bronzer, les mains savamment manucurées et les tenues recherchées (pas toujours réussies), beaucoup de jeunes "filles" ou "fils à papa" contrastent avec un environnement un peu sale et poussiéreux qui parait plus cahotique et dur que chez nous. 

L'esthétique est reine, les soins du corps (produits de beauté et gonflette) sont un marqueur social de même que la mode, avec pour modèle la Corée et son délire de perfection physique. La dernière fois que je suis allé au cinéma, j'ai été frappé par un groupe de 5 jeunes hommes avec tous exactement la même coiffure : rasés sur les côtés et le dessus long et coiffé sur le côté pour retomber un peu sur un oeil. Le grégarisme en matière de mode n'est pas l'apanage de l'Asie bien évidemment, mais il a ce côté K-Pop pour nous exotique qui m'amuse. Souvent un peu ratée, la coupe donne parfois un petit côté Corée du Nord plus que Corée du Sud, agrémentée de teinture rouge, bleue ou blonde. 

Côté vestimentaire on trouve de tout. Le décolleté est socialement interdit (réservé aux prostituées ici), mais pas la minijupe ou le minishort. Enormément d'homme ont un style assez "fleuri" qui les ferait immédiatement passer en France pour des "folles". N'y voyez aucune connotation homophobe : je pense sincèrement qu'il est plus difficile en France d'adopter ce genre de look, qui marque clairement une homosexualité malheureusement encore aujourd'hui pas toujours facile à assumer en public, qu'au Vietnam où la virilité est beaucoup moins un impératif pour les hommes, et où ce type de tenues vestimentaire ne provoque aucun préjugé. Les jeunes hommes bourgeois un peu chétifs s'amusent souvent à forcer le trait, sans pour autant que quiconque semble en tirer des conclusions hâtives sur leurs préférences sexuelles. 

D'une manière générale, la France est très rigoriste sur les tenues vetimentaires. Quand on se ballade dans Paris il m'arrive de penser que les passants sont parmis les plus classes du monde, la plupart sont bien ou très bien habillés. Il suffit de se ballader dans une grande ville anglaise ou allemande pour que la différence sate aux yeux. Le revers de la médaille est que les écarts sont souvent mal perçus, alors qu'on est dans d'autres pays beaucoup plus libres d'être originaux sans être regardés comme un taré. 

Au Vietnam, c'est encore une fois un paradoxe pour mon esprit français : les normes sociales y restent pregnantes et ont souvent force de loi, mais elles laissent pourtant bien plus d'espaces de liberté qu'il n'y parait au premier abord. Quand je dis liberté, malheureusement il s'agit finalement rarement de cela. Les vietnamiens imitent un modèle comme dans beaucoup de domaine, ils n'innovent pas. Les influences diverses donnent un cocktail assez curieux, dans lequel l'authentique "bon goût" qui retient le regard reste rarissime. Il n'en reste pas moins que nous français avons certainement beaucoup de leçons à prendre auprès des vientamiens pour accepter les gens comme ils sont.