Je commence par la bonne adresse de la semaine : 

Pour les jeunes, un café très sympa où l'on peut rencontrer la bohème de Saïgon, de jeunes artistes surtout : le "Nau" café, 110 Lê Quan Dinh à Binh Thanh. Décors récup et bricolage plutôt réussi, et on peut y faire de bonnes rencontres pour ceux qui s'intéressent à la création artistique locale. 

Nau café

Il est temps de reparler de mon sujet de prédilection : l'état de la création contemporaine au Vietnam. Je suis toujours un peu dans le doute, il peut exister une foule de créateurs dans tous les domaines dans des milieux que j'ignore totalement, un peu cachés, et mon regard d'expat qui n'observe que la surface des choses ne pourrait dans ce cas pas du tout rendre compte de la réalité des choses. 

D'une manière générale, je me méfie de ce que nous appelons "réalité", surtout pour parler de choses aussi complexes que d'une société entière. En fait de mon point de vue, c'est tellement insaisissable et considérable à la fois que ça n'est accessible pour personne ; autant dire qu'à l'échelle humaine ça n'existe pas. On pourrait avoir une approche plus scientifique, faire des enquête et des sondages, avancer en ethnologue, mais mes lecteurs réguliers auront compris que ce n'est pas l'objet de ce blog. Je me contente donc de mon point de vue, celui d'un français qui vit depuis un an et demie dans une grande ville. 

Bref, j'ai pu visiter l'école des beaux arts de Ho Chi Minh et me faire déjà une idée de l'enseignement. Pour faire court, ce que j'ai vu était à peu près conformes à mes a priori : des élèves très doués techniquement, mais qui ne dépassent pas le stade de la technique. Ceux qui s'éloignent vaguement des modèles reproduisent en fait ce qu'ils voient arriver de l'étranger, avec évidement une nette prédilection pour l'heroic fantasy et le manga. Le jeune artiste autodidacte que j'ai rencontré par un ami, Viet de son prénom - et qui nous a présenté à un prof de l'école pour la visite -, est très doué techniquement également. Mais il faut bien dire que ses grandes toiles ne s'éloignent pas beaucoup sur le principe de l'illustration. Il nourrit une sorte d'obsession pour les mains et les bouches, mais ses compositions resemblent finalement à des études académiques de ces organes agencées de manière un peu surréaliste. Rien de décoiffant. 

Cela ne veut pas dire qu'il n'existe aucun artiste d'avant garde au Vietnam ! Mais ceux dont j'ai entendu parler vivent à l'étranger et pour l'instant ne font que passer ici. Cependant tout peut aller très vite : plus je fréquente ces "jeunes pousses", plus je me dis qu'ils n'ont pas besoin de grand chose pour sauter le pas et arrêter de décliner l'académisme ou les modèles. Ca s'est passé en quelques années en Chine, il n'y a pas de raison que cela n'arrive pas au Vietnam

D'ailleurs, un partenariat est sur les rails entre cette école et celle de Besançon, l'ISBA (Institut Supérieur des Beaux-Arts) dont le Directeur est un ami. Et il ne sera pas à sens unique ! L'ISBA recevra quelques élèves, jeunes artistes et professeurs, mais compte bien en envoyer sur place aussi. Si l'état de la création n'est pas le même en France et au Vietnam, cela ne veut évidemment pas dire que nous n'avons rien à apprendre. Je pense en particulier à cetaines techniques comme la laque que nous ne maîtrisons pas du tout en France comparé aux vietnamiens, mais au delà de ça la rencontre promet d'être vraiment captivante et enrichissante pour tout le monde.