Dès les premiers instants à Ho Chi Minh après 2 mois en France, on retrouve toutes ces sensation qui n'appartiennent qu'à la vie au Vietnam, d'un seul coup en sortant de l'aéroport. L'odeur du Vietnam, l'esthétique d'Ho Chi Minh, la sensation de l'air chaud un peu lourd, le vacarme des motos et des klaxons. Avant même de sortir de l'aéroport, on retrouve le guichet pour faire les visas : un aperçu de l'administration vietnamienne, qui d'une manière générale est un curieux mélange de complications absurdes et de possiblités infinies d'arrangements entre amis. En l'occurence, pour nous qui avons oublié de prendre des photos d'identité pour établir les visas à l'entrée, il suffit de donner 5 dollars au préposé pour qu'il en prenne une devant un mur blanc avec son petit appareil numérique et tout est réglé. 

Le deuxième temps des retrouvailles, c'est notre quartier. On est chez nous ici. C'est idiot à dire, mais c'est en revenant qu'on s'en rend réellement compte : tout le monde nous sourie, nous salue, est surpris de nous voir, vient essayer de nous parler. "Tout le monde" c'est la vie de la rue : les xe om (motos taxis), les chauffeurs de taxis basés ici, les gens qui tiennent un petit resto de trottoir ou proposent des cafés. Ce sont eux, dont je n'ai pas assez parlé l'année dernière, qui constituent l'âme d'Ho Chi Minh si attachante je crois. Ils sont la vie des trottoirs, des ruelles. Toujours au poste, généralement à partir de 6h du matin, parfois avant pour préparer, leur vie est souvent une série de rituels immuables mais ils font de la rue un lieu de vie, alors que chez nous ce ne sont que des lieux de passage. Donc dans les ruelles autour de chez nous, nous sommes chez nous. C'est notre lieu de vie. 

Le troisième temps, c'est bien sûr la nourriture, ma chère gastronomie vietnamienne ! Au matin de notre arrivée, il faut attendre une heure avant de pouvoir prendre possession de notre chambre, direction donc le ban kun du coin de la rue - le meilleur que je connaisse, ça tombe bien. Si vous le cherchez, il est dans l'allée perendiculaire à Dien Bien Phu (Binh Thanh) au niveau du numéro 236, au premier croisement avec une vraie rue (à environ 300m de DBP). Les crèpes à la farine de riz sont cuites à la vapeur sur une toile tendue au dessus d'une grande casserole d'eau. Quelques secondes seulement, avec un gros couvercle, puis on récupère la crèpe collante et un peu gluante (texture peu flatteuse chez nous mais souvent recherchée en Asie). Ensuite la crèpe est fourrée avec un mélange de champignons émincés et autres ingrédients inconnus, puis roulée et découpée en rondelles. On ajoute au plat des sortes de pains de viande compacts coupés en rondelles, des oignons frits, des pousses de soja juste ébouillantées et bien sûr l'inévitable mélange à la sauce nuoc mam (allongé d'eau, sucre, ail et piment). 

Le soir, nous retournons à l'un de nos restaurants préférés, dont j'ai déjà parlé : May, au 3/5 Hoang Sa, quartier Dakao (au Nord du district 1). Au menu quelques-uns de nos mets préférés : tofu frit à la citronelle, calamars grillés au barbecue, fleurs de courgettes à l'ail, salade de pousses de bambou au porc et crevettes. 

Hier soir nous avons eu quelques amis pour une sorte de pendaison de crémaillère, pour étrenner notre nouveau studio et surtout la terrasse sur le toit. J'ai fait un cocktail avec des Kumquats pressés (ils ne sont pas comme chez nous, ils ressemblent à des petits citrons verts tout rond, et sont oranges et pulpeux à l'intérieur), du jus de pomelo frais et du rhum. Pour les kumquats il faut s'armer de patience pour en presser un kilo à la main, c'est tout petit et plein de pépins. Pour le pomelo, on en trouve facilement du tout fait du matin au marché. Tout ça pour dire qu'un ami de passage se faisait la double réflexion suivante : c'est vraiment très bon un cocktail avec des fruits exotiques pressés, et il n'est pas près de reboire celui-ci en France ! ça fait partie des choses qui ne s'exportent pas vraiment (enfin vous pouvez toujours le faire en France si vous n'avez pas peur de mettre 50 euros dans cette entreprise). 

Et nous retrouvons aussi les vietnamiens, dans leur gentillesse, leur sens de l'accueil et leur calme apaisant. Dans leurs côtés pénibles aussi évidemment : la soirée s'est terminée à 1h du matin un samedi soir "un peu trop tard" pour les propriétaires qui vivent au premier et qui ien sûr ont dû attendre que tout le monde partie pour verrouiller l'énorme portail en métal, le cadenas, puis le volet roulant dont évidemment nous n'avons pas la télécommande (ce qui était déjà le cas dans notre logement précédent). Les vietnamiens tiennent à maîtriser l'ouverture et la fermeture de leur château fort tant pour s'assurer que ces inconscients d'étrangers n'oublient pas de le faire que par vieille habitude de contrôler systématiquement l'activité de l'entourage. L'intimité et l'indépendance sont des concepts qui n'existent quasiment pas ici, qui n'ont même pas lieu d'être revendiqués. Toute la famille vit dans un seul lieu, tout le monde dort dans la même pièce, pas question de rentrer tard le soir même pour des jeunes adultes, la maîtresse de maison veut savoir où sont les gens, ce qu'ils font et à quelle heure ils reviennent. Idem au boulot, j'ai déjà raconté dans ce blog le courrier déjà ouvert en arrivant sur mon bureau ou les caméras qui surveillent les employés. Evidemment tout le jeu consiste pour les jeunes couples à déjouer cette surveillance, trouver des endroits sûrs pour se retrouver, etc. Et évidemment, tout cela se libéralise à grande vitesse. Cela dit ces réflexes sont encore bien présents.