J'ai recu un mail avant-hier intitule "annoncement", pour expliquer en 5 lignes les nouveaux horaires dans la boite. A partir du 1er avril, on va travailler le samedi, 6 jours sur 7, youpi ! Toujours 45 heures par semaine, ca ne change pas, donc des journees un peu moins longues, mais fini les vrais weekends, ca va etre dur...

Le Vietnam est assez particulier sur le droit du travail, j'entends les 2 extremes : un droit assez protecteur des salaries, pas si faciles a licencier d'un cote, et de l'autre mon experience: le pouvoir total des patrons sur leurs employes. Absolument rien n'est sujet a negociation ou a discussion, les decisions sont des ordres. La seule exception que j'ai vu, c'est lorsque que pour les vacances du Tet, nous avons eu une annonce du meme type pour dire qu'il y aurait 2 jours de travail a rattrapper, et que donc les employes du bureau bosseraient 2 samedis de suite, et les ouvriers (qui travaillaient deja 6 jours sur 7) devraient travailler 2 dimanches. Il y a eu un mail general de reponse du responsable des ouviers, pour expliquer que faire travailler des ouvriers sur les chantiers 7 jours sur 7 pendant 3 semaines ca allait etre difficile.

En tout cas la soumission des employes est quasi totale, le respect de la hierarchie est extreme. Cela pose evidemment des problemes quand il s'agit de prendre une initiative. C'est d'ailleurs un probleme extremement interessant qui nous concerne egalement : un chercheur s'interessant aux causes d'erreurs et accidents dans les hopitaux en France estimait que le principal probleme est l'autorite extreme du medecin sur le reste du personnel (infirmieres, aides...). Il preconise donc d'experimenter ce que fait depuis longtemps l'armee americaine : encourager le soldat de base a emettre des doutes et donner son point de vue face au general 4 etoiles pour eviter bien des absurdites.

Cette parenthese m'amene a une autre. Pendant longtemps, les niveaux de vie etaient tellement differents d'un pays a l'autre qu'aucun comportement commun n'etait possible, et finalement les vies etaient simplement differentes. Voir un vietnamien acheter un frigo ou une voiture dans les annees 80 etait un evenement relativement exceptionnel. Les revenus etaient tres faibles, mais finalement le cout de la vie aussi, et malgre la pauvrete le Vietnam a finalement reussi a nourrir tout le monde. Aujourd'hui, au moins dans les grandes villes, c'est tres different : tout le monde veut un smartphone, et ca coute le meme prix dans le delta du Mekong qu'a Paris ou New York. Idem pour de plus en plus de choses : une glace Hagen Dazs, une bouteille de bordeau, un bon steack frites ou un pot de creme fraiche ca coute meme plus cher ici. Pourtant les salaires sont loin d'avoir rattrappe le retard !

La pente vers la differentiation extreme des modes de vie, pouvoir d'achat et richesses au sein d'une meme communaute est vertigineuse. En realite a HCMC, pas mal de choses valent au moins aussi cher que dans n'importe quelle grande ville occidentale. Plus generalement, j'ai lu recemment que la difference de salaire chez Mc Donald's entre un directeur de restaurant et un employe de base avait double en 10 ans.