En prenant mes billets d'avion pour aller a Hoi An, je me suis encore fait avor : j'ai oublie d'indiquer mon deuxieme prenom. Donc en verifiant la correspondance entre ma reservation et mon passeport, la preposee a l'enregistrement des bagages commence a couiner parce que bien que le prenom, le nom, le numero de passeport et la date de naissance correponde, mon deuxieme prenom ne figure pas sur ma reservation.

La moindre prise de responsabilite individuelle, qui aurait en l'espece consiste a considerer que tous les autres elements concordants suffisaient a constituer la preuve de ma bonne foi, etant totalement hors de portee pour 99% des employes vietnamiens, il a fallu appeler le chef. Le chef, magnanime, corrige la reservation a l'attention de l'idiote (qui a couine de satisfaction en voyant les noms bien pareils) tout en me rappelant a mon obligation de faire apparaitre mon identite complete. 

Cette petite mesaventure me rappelle qu'ici, 54% de la population a pour patronyme Nguyen... Les prenoms n'etant pas si nombreux (je connais au moins 4 Thuy, 3 Tuyet, 4 Loan, 2 Tiung, etc...) on comprend toute l'importance pour un controle d'identite du 2e prenom.

Je suis donc un peu dur avec la preposee a l'enregistrement des bagages, mais elle a eu le malheur de succeder a un longue serie de demonstration de zele imbecile, de complication administrative inutile (les vietnamiens ont ete a bonne ecole avec la France), et d'impasses dans la comprehension mutuelle. Par exemple a Hoi An, je recois un texto de la compagnie aerienne en vietnamien, et je vois un horaire indique (0h55 le 30/07). Je suppose que mon avion a ete retarde, et qu'il n'est plus a 23h30 le 29/07. Je demande confirmation de la signification du texto a la serveuse qui parle anglais. Il ne m'a pas ete possible, en 5 bonnes minutes, ni de lui faire traduire le texto de trois lignes ni de lui faire confirmer cette signification. Elle avait en fait bloque sur le fait que mon avion etait le lendemain et pas le soir meme en voyant la date, ne parvenant pas a comprendre qu'apres minuit, on serait deja le 30 et qu'il aura suffit d'un report du vol d'une heure pour ce changement de date.

Ce genre d'incomprehension m'arrive assez regulierement. Certaines personnes ne parlant pas un mot d'anglais me comprennent parfaitement avec quelques gestes dans la situation, avec d'autres j'ai l'impression de m'adresser a un membre d'une ethnie perdue de la foret equatoriale qui n'a encore jamais vu un blanc. Un peu comme si un indien ou un japonais avait debarque dans un village perdu de France il y a 50 ans probablement : une sorte de fascination et de mefiance l'emporte sur l'ouverture necessaire a l'installation d'un dialogue, meme sans paroles. A l'inverse on croise tous les jours des jeunes gens qui parlent bien anglais, sont alle a l'universite, voire a l'etranger, et qui sont tres contents d'avoir des echanges avec les etrangers.

Evidemment tout cela m'arrive frequemment dans le travail. Deja sans parler d'incomprehension totale, ce qui releve pour moi de l'evidence esthetique lorsque je travaille sur un projet de design ne l'est pour personne d'autre dans le bureau. Les propositions "d'amelioration" de mon travail vont du neon bleu a l'imitation marbre, en passant par toutes sortes de complications dans les formes. Ensuite viennent les problemes de traduction...

En resume, un petit message pour evacuer l'agacement accumule que vivent tous les gens qui travaillent ici. Avant-hier, impossible de trouver un distributeur qui fonctionne apres en avoir essaye 5 differents. Les abrutis sur la route qui manquent regulierement de provoquer des accidents. Les coups de klaxons intempestifs en permanence (les meilleurs c'est ceux des gens qui arrivent a contresens ou qui coupent la route de tout le monde quand le feu est rouge pour eux... Rhhaaaaaaa). L'assistante qui te dis que la "procedure" pour envoyer une trentaine de lettres va prendre une demie-journee a la poste. L'attente de 20 minutes a la banque, pour finalement constater que personne n'a bouge pendant tout ce temps dans aucun des guichets ouverts, et qu'il reste 5 personnes avant toi. Facebook qui marche uniquement de temps en temps sur certains ordinateurs, avec certains messages effaces. Le resto ou la boutique qui vient de t'entuber en te faisant payer 15 dollars un truc qui en vaut 5, avec les gens autour qui ricannent.

Dans ces moments la, il faut faire un effort pour faire l'exercice inverse et voir tous les avantages du Vietnam ! Tout est ouvert tout le temps, il se passe des choses le dimanche, les gens sont souriants et heureux de vivre, ils ne s'ennervent pas comme moi sur la route (ils s'ennervent tres rarement d'ailleurs), Marion ne se fait pas aborder ou insulter a chaque fois qu'elle sort le soir, les gens sont authentiquement hospitaliers et serviables, l'esprit est plus pratique que chez nous et donne un sentiment de naturel et de facilite (on mange quand on a faim, pas a l'heure des repas par exemple). On trouve certainement plus de joie de vivre dans mon quartier qu'a la City a Londres ou a la Defense a Paris.