J'ai avance un peu dans le livre d'histoire du Vietnam que je lis en ce moment, et pour revenir sur ce que je dis dans mon precedent message j'ai trouve une similitude avec l'histoire de France encore plus incroyable : le 18e siecle est au Vietnam celui des grandes famines et des grandes revoltes paysannes !

En gros les proprietaires fonciers et mandarins (sorte de potentats locaux) s'approprient toutes les terres au detriment des paysans, contraints d'errer de ville en ville en attendant de crever de faim, les 2 cours (nous sommes avant la reunification du Vietnam) se vautrent dans le luxe en ecrasant le peuple d'impots, corruption a tous les etages... Une situation invraisemblable bien pire qu'en France apparemment ou les paysans meurent massivement des famines alors que les puissants continuent d'accumuler les richesse.

Ce qui devient tres interessant, c'est pourquoi les revoltes, qui ont conduit au renversement des deux royautes pourries, n'ont pas abouti a la sortie du systeme feodal au Vietnam ? La reponse semble etre qu'il n'y a pas eu de classe bourgeoise pour relayer ces revoltes et proposer de nouveaux systemes de gouvernement. Le confucianisme qui impose la soumission au roi et a la hierarchie sociale existante comme vertue cardinale a probablement joue egalement dans l'inhibition des lettres et intellectuels, tres partages sur les revoltes.

Bien que l'activite intellectuelle ait ete extremement productive sous les Tran et les Ly (les grandes lignees heroiques unificatrices du pays et amenant la prosperite entre le 11e et 15e siecle), le Vietnam n'a pas conu de siecle des lumiere pour passer d'une sagesse antique a une pensee "moderne". Chez nous, la reforme avait fortement ebranle la grande autorite intellectuelle qu'etait l'Eglise, suffisament pour permettre a la pensee individuelle de se deployer. Au Vietnam, le Bouddhisme n'etait pas si puissant, mais il etait seconde par le confucianisme en tant que doctrine officielle, etatique. Pendant la grande epoque du Vietnam, les intellectuels l'ont fait evolue et l'ont maintenue vivante, mais pas la suite cette pensee s'est sclerosee en ideologie statique, et on constate par exemple dans les productions ecrites des mandarins pour leur concours d'obtention de leur charge que les exercices de dissertation se sont transformes peut a peu en apprentissage par coeur et repetition imbecile des grands penseurs des siecles passes.

La classe bourgeoise marchande n'a pas pu emerger au Vietnam pour d'autres raisons : leur societe n'a pas connu l'avenement progressif du liberalisme politique et economique qu'a connu l'Europe. Les rois ont cherche en permanence a conserver le controle total du commerce exterieur, quasiment monopole d'etat et occasionnant toujours de fortes taxes. La societe est donc restee purement agraire et feodale jusqu'a l'arrivee des francais, malgre quelques tentatives audacieuses rapidement etouffees par le vieux systeme toujours resurgent.

C'est fou de voir a quel point on retrouve aujourd'hui ces demons et ces vices de l'ancien Vietnam dans le nouveau, la volonte de controle total qui bloque tout, le refus du liberalisme, la mefiance envers la pensee individuelle... Je pense que vu d'occident nous nous trompons foncierement sur la periode communiste du Vietnam ainsi que sur ses pretendues consequences sur la periode contemporaine. Ho Chi Minh, oncle Ho comme ils l'appellent ici n'etait pas communiste a la base, c'etait un nationaliste. Pour se debarrasser des francais, il avait commence par apeler a l'aide...les Etats-Unis. Qui ont refuse au nom de leur alliance avec la France. Il s'est tourne vers les pays communistes plus enclins a l'aider en deuxieme choix, par nationalisme. Et aujourd'hui, la population se jette comme en Chine a corps perdu dans l'economie de marche et le capitalisme. Ce qui se passe au niveau du pouvoir, la volonte de controle etatique sur enormement d'aspects de la vie economique et de la liberte d'expression prend pour pretexte cette transition depuis le regime communiste mais releve en realite du bon vieux regime autoritaire dans un pays n'ayant jamais connu la democratie, "tout simplement".

D'ailleurs je ne devrais probablement ecrire le dernier paragraphe sur ce blog...