En ce moment même je suis au boulot, mais mon ordinateur professionnel est en rade, donc en réparation jusqu'à demain, et là en milieu d'après-midi j'en ai marre de ne pas avoir accès à tout ce dont j'ai besoin pour bosser donc j'en profite pour faire semblant de travailler en écrivant sur mon blog et en bouffant des sorte de croquettes au durian séché assez immondes. Il reste quand même que je suis d'humeur sérieuse, et que je viens de me taper toute la presse économique spécialisée sur le vietnam depuis 10 heures ce matin, donc économie. 

Pour commencer par un aperçu très général, ici l'économie actuelle est en demie-teinte : plutôt une bonne croissance, autours de 6% en gros, un optimisme forcené insuflé par les autorités à grand renforts de chiffres à la fiabilité contestable, mais un net ralentissement et un bilan en deçà des attentes. Le chômage reste en dessous de 4%, ce n'est pas une préoccupation majeure en ce moment (même si il était à plus de 10% au début des années 90, les chiffres n'ayant qu'une signification très relative dans un pays à l'époque clairement sous-développé). Quand on discute avec les investisseurs, ils sont assez d'accord : tout tourne au ralenti. Tout le monde s'attendait à un développement plus rapide, à un nouveau dragon asiatique en devenir, mais la réalité est que les investisseurs étrangers sont très frileux, l'administration évolue trop lentement pour ouvrir le pays et aplanir les difficultés à l'entrée, et les infrastructures ne s'améliorent qu'à petits pas, entravées par l'inefficacité et la corruptions latentes. Les autorités s'avèrent incapables de relever le défi de l'approvisionnement électrique par exemple, et les industries trop consommatrices sont refusées dans les parcs industriels où les coupues d'électricités ne sont d'ailleurs pas rares. Une centrale nucléaire est en projet avec l'aide des russes, ça promet... L'industrie reste donc relativement basique, et malgré quelques programmes gouvernementaux pour favoriser les nouvelles technologies le Vietnam reste une terre d'accueil des manufactures "simples" à forts besoins en main d'oeuvre.

Toutes les usines que j'ai visitées sont extrêmement peu mécanisées, et sont plutôt des hangars qui abritent une fourmilière. Dans les usines de meubles tout est découpé, assemblé, poncé, vernis et emballé à la main. (Le ponçage, c'est avec une petite ponceuse comme on a chez nous 9 heures par jour 6 jours sur 7). Pareil pour le coudage de tubes en cuivre ou le collage de parure en pierre sur des plaques avec du mortier, puzzle toute la journée sous un toit de tôle. C'est une expérience assez troublante de rencontrer en vrai les gens qui fabriquent toutes ces choses que nous consommons en Europe. J'en avais une image un peu floue et contradictoire : une vision à la fois plus misérabiliste, alors que ce soit des jeunes tout à fait normaux qui veulent s'habiller à la mode et on des téléphones portables qui travaillent, plus moderne alors qu'il y a très peu de choses mécanisées quand des ouvriers payés 100$ peuvent faire le boulot, et un peu naïve en pensant que des journées aussi pénibles étaient de plus en plus rares alors que c'est le lot commun de tous les ouvriers ici. Force est de se rendre compte qu'il est très facile d'oublier en visitant ces usines que ces ouvriers sont nos semblables. Ils nous regardent à peine passer, tout à leur tâche répétitive, nous on s'évente pour supporter la chaleur en attendant de retourner dans les bureaux climatisés, ils ne sont pas de la même "caste". Du coup ça ne pose de problème à personne de venir profiter de la pauvreté, surtout qu'il est très facile de dire "mieux vaut un boulot répétitif 50 heures par semaines sous un toit de tôle où il fait 45° plutôt que la misère" en se sentant fier de participer au développement du pays. 

L'immobilier subit naturellement les conséquences de ce trou d'air, sans l'effet d'amortissage produit en France par la pénurie de logement dans les grandes villes. Du coup l'immobilier est en chute libre, jusqu'à 50% de baisse à Ho Chi Minh !!! Si vous avez un peu d'argent à investir, c'est franchement ici et maintenant, parce que ce n'est certeinement pas une situation durable. Cette situation a été renforcée par un ensemble de freins comme savent en produire les vietnamiens (difficultés administratives d'accession à la propriété, difficulté d'accès à l'emprunt), mais la situation évolue. Les étrangers ont même le droit de devenir propriétaires à présent, dans certaines conditions, surtout dans les grands immeubles d'appartements récents. Du côté des usines, je n'ai pas beaucoup de statistiques mais un paquet d'entre elles sont vides et à louer. Certains parcs industriels à destination des investissements étrangers sont quasiment déserts, avec des mois, voire des années de retard sur leur développement prévu. Cela dit certaines zones que je n'ai pas visité affichent une croissance industrielle très forte (Da Nang et Can Tho notamment). La province de Can Tho a prévu d'investir 4 milliards de dollars d'ici 2015 dans ses infrastructures pour accueillir des industries liées à l'agriculture notamment. En ce sens HCMC me parait marcher au ralenti, incapable de mettre en oeuvre un projet de métro dont on parle depuis plus de 5 ans par exemple avant que la ville ne connaisse le destin de Bangkok ou d'autres grandes villes asiatiques (Bangkok est totalement paralysée tous les jours par des embouteillages monstrueux, à côté Paris c'est les joies de la campagne). 

En attendant les universités et les formations commencent à tenir la route progressivement, le Vietnam parvient à envoyer pas mal d'étudiants à l'étranger. Le problème c'est que pas mal d'entre eux cherchent à y rester, mais en même temps des viet kieu reviennent au pays. Le pays parvient progressivement à intégrer les étrangers dans le système en leur accordant de plus en plus de droits (notamment sur la propriété).

Le temps n'est probablement plus aux "dragons" de toutes façons dans ce contexte mondial. Les relais de croissance s'épuisent de plus en plus vite et sont de plus en plus modeste, les pays riches sont gavés et nous ne parvenons que très lentement à faire des pays pauvres des nouveaux marchés. C'est à l'image des Smartphones : les sauts technologiques entre 2 versions sont de plus en plus modestes, en quelques courtes années de raz-de-marée le marché est déjà saturé et entré dans sa période de simple renouvellement de matériel,  Apple est déjà en train de racheter des actions et de provisionner pour les années à venir avec une valeur boursière divisée par deux en très peu de temps et il y a fort à parier que Samsung connaisse la même évolution en encore moins de temps. Quelques bulles qui génèrent quelques milliards savament dirigés dans quelques paradis ficaux et quelques poches, mais c'est une autre question. Pour en revenir au Vietnam, le temps n'est certainement plus à rêver de succès fulgurant, mais bon an mal an il va dans le bon sens, et avec un optimisme qui repose de l'ambiance française !